TÉMOIGNAGE. Agriculteur dans l’Orne, ses vaches sont victimes de phénomènes électromagnétiques

Joël De Koninck a grandi dans le Perche. Installé depuis 1986, seul puis en Gaec à Courcerault, commune déléguée de Cour-Maugis-sur-Huisne (Orne), l’éleveur de vaches a décidé d’arrêter la         production de lait, après sept années de galère. Il témoigne.

Sous le hangar, les phénomènes électromagnétiques incitent les vaches à ce regrouper à certains endroits./OUEST-FRANCE

Jusqu’en 2012, tout allait bien à Courcerault, commune déléguée de Cour-Maugis-sur-Huisne (Orne), dans la ferme de Joël de Koninck avec ses 150 hectares, des cultures, des vaches allaitantes et des laitières qui produisent 430 000 litres de lait par an.

Après quelques soucis de santé, il installe un robot de traite pour faciliter son travail et à partir de là, tout déraille. Au lieu d’augmenter, la production baisse, les maladies et les morts se multiplient : 175 en sept ans. Sans cause visible. Les circuits du robot eux aussi tombent régulièrement en panne. Entre le manque à gagner, les frais de vétérinaires et autres, la situation financière de l’exploitation se dégrade. « J’adhérais au contrôle laitier qui n’a fait que constater de multiples pathologies, sans trouver de solutions pour les enrayer », explique l’éleveur.

En quête d’explications depuis 2014, il a fait intervenir plusieurs géobiologues. Ces derniers ont identifié un croisement de deux nappes souterraines sous le robot et le bâtiment, tenté plusieurs corrections, mais rien de durable. Ils ne parviennent pas à trouver la cause des perturbations.

Les vaches vendues

Le déplacement du robot, qui demande la construction d’un nouveau bâtiment, est trop cher pour l’exploitation fragilisée. En mai 2020, las de se battre en vain, Joël de Koninck a vendu ses vaches, sa référence laitière et essaie de vendre son robot pour sauver le reste.

« Je veux parler de ma situation pour éviter qu’elle arrive à d’autres. Les éleveurs victimes de tels phénomènes électromagnétiques sont nombreux mais souvent ils souffrent en silence jusqu’à la faillite ou le suicide », témoigne Joël De Koninck qui a mis en place de multiples actions pour comprendre ce qu’il se passait, voyant, impuissant, sa situation financière s’aggraver au fil des mois.

« J’ai douté de mes pratiques, de mes compétences. Jusqu’à ce que je découvre l’Association nationale animaux sous Tension (Anast), qui rassemble des éleveurs dont les animaux souffrent de rayonnements électromagnétiques ou de courants électriques parasites liés à des antennes relais, des lignes haute tension, des transformateurs, etc. J’y ai trouvé un gros réconfort humain, qui permet de tenir. Maintenant, je veux aussi parler, faire connaître ces problématiques pour éviter à d’autres éleveurs de s’enliser comme moi. Je n’ai pas envie de payer jusqu’à la fin de mes jours pour des choses dont je ne suis pas responsable. »

Les choses bougent lentement

Si l’impact de courants parasites est encore rarement reconnu, la prise de conscience avance. La chambre d’agriculture de la Sarthe a embauché deux géobiologues et celle de l’Orne demande une expertise géobiologique avant toute nouvelle construction.

« Il faut mettre en place un système de prévention, s’efforcer de comprendre les mécanismes et d’aider les personnes victimes de ces phénomènes », explique Marie-Christine Besnard, conseillère départementale qui a été interpellée par plusieurs cas autour de Mortagne et a organisé des réunions de sensibilisation avec des élus.

Si les animaux sont dix fois plus sensibles que les humains à ces courants parce qu’ils ont quatre pattes, des dégradations de performances inexpliquées ont aussi été constatées sur des méthaniseurs ou des stations d’épuration, semblant montrer que les bactéries peuvent aussi être impactées.

Un combat judiciaire

Un GPSE (Groupe permanent pour la sécurité électrique dans les exploitations agricoles) a été créé par le ministère de l’Agriculture. Il regroupe des organisations agricoles et structures liées à la fourniture et au transport d’électricité. Il a produit des recommandations mais semble encore démuni pour expliquer les dégradations sanitaires des élevages et y remédier.

Depuis 1993, l’Anast regroupe des victimes de perturbations dans leur élevage de bovins, porcs, volailles. Ses membres essaient de partager leurs expériences pour trouver des solutions avec l’aide de géobiologues.

« Nous souhaitons avant tout éviter ces situations catastrophiques pour des familles. Les connaissances progressent, il faut agir pour éviter de créer des situations malsaines pour les animaux mais aussi pour les humains », insiste Serge Provost, le président de l’Anast qui est maintenant soutenue par un cabinet d’avocat qui veut défendre les éleveurs touchés et faire reconnaître les nuisances de voisinage qui déciment leurs troupeaux.